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Entretien avec Si-TrA : « La lutte contre la précarité dans l’aviation est une urgence pour la sécurité et la dignité des personnels »

Pouvez-vous présenter Si-TrA et son rôle dans le secteur aérien français ?

Si-TrA, le Syndicat indépendant du trafic aérien, représente les personnels navigants et au sol du transport aérien. Notre mission principale est de défendre les droits des travailleurs, d’améliorer leurs conditions d’emploi et de lutter contre toutes les formes de précarité qui fragilisent le secteur. Nous intervenons aussi bien dans les négociations collectives que dans l’accompagnement individuel des salariés confrontés à des situations difficiles.

Qu’entendez-vous précisément par « précarité dans l’aviation » ?

La précarité dans l’aviation recouvre plusieurs réalités. Il y a d’abord la précarité contractuelle : de plus en plus de personnels sont embauchés en CDD, en intérim ou via des sociétés de portage, sans perspective de stabilité. Ensuite, la précarité salariale : certains navigants, notamment dans les compagnies low-cost, perçoivent des rémunérations très faibles, parfois inférieures au SMIC une fois les heures de vol effectives déduites. Enfin, la précarité sociale : absence de couverture santé complète, difficultés d’accès au logement, horaires irréguliers qui empêchent toute vie de famille stable.

Pourquoi la lutte contre la précarité est-elle un enjeu spécifique dans le transport aérien ?

Parce que la sécurité aérienne repose sur des équipes compétentes, reposées et motivées. Un personnel précaire est un personnel stressé, fatigué, qui peut commettre des erreurs. La précarité pousse aussi à accepter des conditions de travail dangereuses, comme des rotations trop longues ou des repos insuffisants. C’est donc un enjeu de sécurité publique, pas seulement de justice sociale. De plus, le secteur aérien est très concurrentiel, et certaines compagnies utilisent la précarité comme un levier pour réduire leurs coûts, au détriment des salariés et des passagers.

Quelles sont les principales revendications de Si-TrA en matière de lutte contre la précarité ?

Nous demandons d’abord un encadrement strict des contrats précaires : limitation du recours aux CDD et à l’intérim, interdiction du portage salarial pour les fonctions critiques. Ensuite, nous exigeons une revalorisation des salaires minimaux dans les conventions collectives, avec un mécanisme d’indexation sur l’inflation. Nous réclamons aussi une meilleure protection sociale : mutuelle obligatoire, accès au logement facilité, et une vraie reconnaissance des maladies professionnelles liées au travail en cabine pressurisée. Enfin, nous militons pour que les personnels des sous-traitants (nettoyage, catering, assistance en escale) bénéficient des mêmes droits que ceux des compagnies principales.

Comment Si-TrA agit-il concrètement sur le terrain ?

Nous menons des actions de sensibilisation auprès des salariés, nous les informons de leurs droits et nous les accompagnons dans leurs démarches juridiques. Nous participons aux négociations de branche et interprofessionnelles. Nous organisons des mobilisations, comme des rassemblements devant les aéroports ou des grèves, pour faire pression sur les employeurs. Nous travaillons aussi en réseau avec d’autres syndicats européens pour harmoniser les normes sociales dans l’aviation et éviter le dumping social entre pays.

Quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

Nous avons obtenu des avancées significatives dans plusieurs compagnies : la limitation du recours aux contrats précaires pour les personnels navigants techniques, l’augmentation des primes de nuit et de dimanche, et la mise en place de commissions de suivi des conditions de travail. Au niveau national, nous avons contribué à faire inscrire dans la loi des obligations de déclaration des sous-traitants, ce qui permet de mieux contrôler les conditions d’emploi. Mais le chemin est long : la précarité reste un fléau systémique.

Que répondriez-vous à ceux qui disent que la précarité est inévitable dans un secteur concurrentiel ?

C’est un argument fallacieux. La concurrence ne doit pas se faire sur le dos des travailleurs. Il est possible d’être compétitif en investissant dans l’innovation, l’efficacité énergétique, la qualité de service, sans précariser les équipes. Les compagnies qui misent sur la précarité finissent par payer le prix fort : turn-over élevé, accidents, mauvaise réputation. La stabilité des personnels est un atout économique à long terme. Nous refusons de considérer la précarité comme une fatalité.

Quel message souhaitez-vous adresser aux personnels précaires du secteur aérien ?

Ne restez pas isolés. La précarité est une violence silencieuse, mais vous n’êtes pas seuls. Rejoignez un syndicat, informez-vous sur vos droits, n’hésitez pas à signaler les abus. Chaque action collective, même modeste, fait reculer la précarité. Ensemble, nous pouvons construire une aviation plus juste, plus sûre et plus humaine. La lutte contre la précarité n’est pas une option : c’est une condition de survie pour notre profession.

Quelles sont les prochaines étapes pour Si-TrA dans ce combat ?

Nous allons intensifier notre campagne de terrain dans les aéroports de province, où la précarité est souvent plus forte. Nous préparons aussi une action en justice contre une compagnie low-cost pour travail dissimulé. Au niveau européen, nous participons à un groupe de travail sur la directive « temps de travail dans l’aviation » pour y inclure des clauses sociales. Enfin, nous lançons une plateforme en ligne d’aide juridique gratuite pour les personnels précaires. Le combat continue, avec détermination.
La lutte contre la précarité dans l’aviation est un enjeu majeur pour Si-TrA, qui agit quotidiennement pour défendre les droits des travailleurs, améliorer leurs conditions et garantir la sécurité du transport aérien. Chaque avancée, chaque victoire, renforce la dignité des personnels et la qualité du service rendu aux passagers.

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📅 Date: 2026-06-11 16:13:12